C’était l’une des promesses technologiques les plus audacieuses de la décennie. Lors de son lancement en grande pompe en 2023, Tim Cook affirmait que le Vision Pro allait transformer notre environnement en un canevas infini, inaugurant ainsi la nouvelle ère de l’informatique spatiale. Pourtant, moins de deux ans plus tard, le réveil semble difficile pour la firme de Cupertino. D’après plusieurs rapports concordants, les ventes décevantes du casque de réalité mixte ont forcé le géant californien à revoir drastiquement ses ambitions à la baisse.
Les signes ne trompent pas. Selon des données du Sensor Tower, relayées par le Financial Times, Apple a réduit ses dépenses marketing pour le Vision Pro de plus de 95% l'année dernière. Plus inquiétant encore pour l'avenir du produit, le groupe de recherche International Data Corporation estime que Luxshare, le partenaire chinois chargé de l'assemblage, a totalement cessé sa production en début d'année 2025. Si la marque à la pomme continue d'écouler des millions d'iPhones, d'iPads et de Mac chaque trimestre, le Vision Pro fait figure d'anomalie dans ce tableau financier impeccable. Avec un prix de base fixé à 3 699 euros, le ticket d'entrée a immédiatement refroidi le grand public. Les estimations de l'IDC sont sans appel, seulement 45 000 unités auraient trouvé preneur au cours du dernier trimestre de l'année passée. Une goutte d'eau dans l'océan des produits Apple.
Cet échec commercial apparent rappelle inévitablement le sort funeste des Google Glass en 2013. À l'époque, la technologie avait été rejetée non seulement pour son manque d'utilité claire, mais aussi pour l'aspect social. Les utilisateurs avaient été rapidement stigmatisés, affublés du sobriquet peu flatteur de « glassholes ». Le Vision Pro semble souffrir de maux similaires, exacerbés par son format imposant. Même les enthousiasmes de la première heure admettent que l'expérience, bien que techniquement impressionnante, est isolante. Le produit coupe celui qui l'utilise de son entourage, transformant une prouesse technologique en une barrière sociale. De plus, des incidents relayés sur les réseaux sociaux, montrant des personnes portant le casque au volant de leur voiture, ont suscité l'inquiétude et renforcé l'image d'un gadget déconnecté de la réalité, voire dangereux.
Face à ce constat, l'industrie semble opérer un virage stratégique important. Counterpoint Research prédit déjà une réduction de 14% des ventes annuelles de casques de réalité virtuelle. La tendance n'est plus à l'immersion totale et lourde, mais à l'assistance légère dopée à l'intelligence artificielle. Les rapports suggèrent qu'Apple a mis en pause le développement de la prochaine itération haut de gamme pour se concentrer sur des dispositifs portables axés sur l'IA, ou potentiellement une version beaucoup moins chère du Vision Pro. Ce mouvement suit celui de Meta. L'entreprise de Mark Zuckerberg, bien qu'ayant conquis 80% du marché grâce à ses casques Quest beaucoup plus abordables, a confirmé le mois dernier transférer une partie de ses investissements du métavers vers les lunettes IA et autres wearables.
Au-delà du prix et du confort, c'est le contenu qui fait défaut. Le coût, le facteur de forme et le manque d'applications natives sont les trois piliers de cet échec. Apple revendique 3 000 applications disponibles, un chiffre qui paraît dérisoire comparé à l'explosion de l'App Store après le lancement de l'iPhone en 2007. Si ces réductions de production sont confirmées, le Vision Pro représenterait un flop commercial rare pour Cupertino, prouvant que même la marque la plus puissante du monde ne peut pas forcer l'adoption d'une technologie si le public n'y trouve pas son compte au quotidien.
Source: https://www.ft.com/content/ab817ba1-15ec-473f-b609-5b5016b3258d ↗